L'art graphique d'Hergé
Au fil des aventures, Hergé a appris à manier le graphisme avec
de plus en plus de dextérité. Cette qualité du dessin est peut-être, en partie,
à l'origine du succès incontestable des aventures de Tintin...
La ligne claire repose sur un système
assez paradoxal : Il faut, à travers des images les plus "brillantes"
possibles, faire évoluer l'intrique, le mystère de l'histoire, qui suggère
avant tout des "ombres". La ligne claire, doit permettre, à
travers, non seulement le graphisme, mais également par le titrage, les
dialogues et les différents "plans", une lecture linéaire de la bd
avec une compréhension maximale. Ainsi, chaque vignette doit, à la fois, être
d'une très haute qualité (coloration, arrière plan, ...) mais également ne
pas être surchargée de détails strictement dépourvus d'intérêt. Lorsque
l'on a demandé à Hergé s'il se reconnaissait dans le courant de la ligne
claire, celui-ci répond que pour lui, la ligne claire, c'est
d'abord, non seulement un dessin, mais également un scénario et que les deux
forment un tout. C'est ce "tout", inséparable, qui constitue la
ligne claire. Pour un grand nombre de passionnés de bd, c'est Hergé qui a
été le précurseur de ce courant graphique.
A travers les différentes aventures de
Tintin,
beaucoup d'exemples peuvent illustrer
la ligne claire. Dans le début
de la "définition" de ce mouvement graphique, on parlait d'images
"brillantes". On comprend dès lors pourquoi, à travers les péripéties
de
Tintin,
qui le conduisent dans des endroits qui devraient être sombres, on y voit de
la lumière, comme en plein jour. Lorsque les rochers ne sont pas phosphorescents,
les héros peignent l'obscurité de la lumière éclatante de leur torches électriques.
Dans On
a marché sur la Lune, la présence de glace "illumine" le gouffre
dans lequel Tintin s'est engagé. Dans Le
Temple du Soleil, les rochers "éclairent" la grotte.
Comme tout détail inutile n'a pas
de place dans
la ligne claire, le dessinateur
a souvent recours à l'ellipse. Deux vignettes, qui se suivent, suggèrent qu'un
laps de temps s'est déroulé entre chacune d'elles.
L'ellipse la plus fréquente chez Hergé, c'est la chute. Ce gag revient très
souvent aux
Dupondt,
maîtres en ce domaine.
A chaque fois qu'une éviction est effectuée, elle est
suggérée par une sorte de "raccord syntaxique" qui représente la
trajectoire omise. Ainsi, la fixité des images n'empêche pas l'expression des
mouvements. Ces derniers rendent la bd "vivante". Cependant,
l'adaptation de Tintin au cinéma oblige à supprimer ces ellipses et à filmer
la totalité des mouvements. C'est ce qui explique que les adaptations au
cinéma des aventures de Tintin ont un rythme languissant qui devient vite
désagréable.
Lors des premières aventures de Tintin, Hergé ne pensait pas
encore au succès qu'elles pourraient recevoir. Mais très vite, le dessinateur
belge se rend compte que ses bd rencontrent un vif succès. Il décide alors de
se documenter de plus en plus et d'intégrer des éléments de décors de plus en
plus précis et réalistes. Les arrières-plans "minimum" sont désormais
terminés. L'arrière image va être d'une qualité de plus en plus précise. Hergé
va ainsi devenir "iconologue"...
Les
Cigares du Pharaon, connotent déjà l'Egypte rien que dans le titre.
La terre des pharaons offre des décors et des motifs dépaysants, remplis de
peintures murales et bas-reliefs qui vont côtoyer le petit reporter.
Dans
Le
Lotus bleu, le dessinateur va dépeindre la Chine avec beaucoup de précision.
Il s'est même inspiré de l'art oriental pour certaines de ses vignettes.
Dans son voyage en Syldavie,
Tintin
arrive au Palais Royal, qui porte, à lui seul, l'Histoire de la Syldavie, de
par son décor.

Ce double album, de par son thème de chasse au trésor, oblige à ce que
l'arrière plan ne soit pas négligé. A travers la narration de l'histoire des
ancêtres de Haddock, ou la visite du château de Moulinsart, les décors vont
être d'une grande précision.

En observant de plus près les aventures
de Tintin, on réalise que des images se répondent. Elles se ressemblent, et
sont même quelquefois étrangement identiques. Il ne s'agit sûrement pas d'un
pur hasard...
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Dans L'Etoile
mystérieuse (page 4 et 5), Hergé illustre le principe
"avant-après", que l'on retrouve très souvent en publicité |
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Le plus dur est bien sûr d'essayer de donner une explication
à ces reprises. Une partie d'elles ont un but humoristique. Dans les exemples
ci-dessus, c'est le cas de la "corvée de pompage" des
Dupondt.
Dans le reste de la série, on retrouve d'autres reprises ayant ce même but.
C'est le cas des répliques de
Tournesol,
toujours déphasé, des oublis de la
Castafiore,
des jurons de
Haddock,
des lapsus des
Dupondt,
...
Mais les reprises ont aussi un autre but, difficile à percevoir. Hergé s'est-il,
facilement, amusé à reprendre des images dans un but purement économique ? Ce
n'est pas très probable.
Peut-être que la solution à cette interrogation a quelques points communs avec
le "but humoristique", c'est-à-dire que ces reprises sont là pour
bien "ancrer" la série, de façon à ce que chaque lecteur rentre dans
le "jeu" des aventures de Tintin. Jeu qu'Hergé se fera un plaisir,
après l'avoir mis en place durant plein d'albums, de disloquer, avec
Tintin
au Tibet et
Les
bijoux de la Castafiore. Mais on s'écarte ici de l'art graphique propre
à Hergé...
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