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L'art graphique d'Hergé

Au fil des aventures, Hergé a appris à manier le graphisme avec de plus en plus de dextérité. Cette qualité du dessin est peut-être, en partie, à l'origine du succès incontestable des aventures de Tintin...

I- La ligne claire
II- Hergé iconologue
III- les images reprises

I- La ligne claire

La ligne claire repose sur un système assez paradoxal : Il faut, à travers des images les plus "brillantes" possibles, faire évoluer l'intrique, le mystère de l'histoire, qui suggère avant tout des "ombres". La ligne claire, doit permettre, à travers, non seulement le graphisme, mais également par le titrage, les dialogues et les différents "plans", une lecture linéaire de la bd avec une compréhension maximale. Ainsi, chaque vignette doit, à la fois, être d'une très haute qualité (coloration, arrière plan, ...) mais également ne pas être surchargée de détails strictement dépourvus d'intérêt. Lorsque l'on a demandé à Hergé s'il se reconnaissait dans le courant de la ligne claire, celui-ci répond que pour lui, la ligne claire, c'est d'abord, non seulement un dessin, mais également un scénario et que les deux forment un tout. C'est ce "tout", inséparable, qui constitue la ligne claire. Pour un grand nombre de passionnés de bd, c'est Hergé qui a été le précurseur de ce courant graphique.


A travers les différentes aventures de Tintin, beaucoup d'exemples peuvent illustrer la ligne claire. Dans le début de la "définition" de ce mouvement graphique, on parlait d'images "brillantes". On comprend dès lors pourquoi, à travers les péripéties de Tintin, qui le conduisent dans des endroits qui devraient être sombres, on y voit de la lumière, comme en plein jour. Lorsque les rochers ne sont pas phosphorescents, les héros peignent l'obscurité de la lumière éclatante de leur torches électriques.

On a marché sur La Lune

Le Temple du Soleil

Dans On a marché sur la Lune, la présence de glace "illumine" le gouffre dans lequel Tintin s'est engagé. Dans Le Temple du Soleil, les rochers "éclairent" la grotte.

Comme tout détail inutile n'a pas de place dans la ligne claire, le dessinateur a souvent recours à l'ellipse. Deux vignettes, qui se suivent, suggèrent qu'un laps de temps s'est déroulé entre chacune d'elles. 
L'ellipse la plus fréquente chez Hergé, c'est la chute. Ce gag revient très souvent aux Dupondt, maîtres en ce domaine.

Les Dupondt, Le Lotus bleu

A chaque fois qu'une éviction est effectuée, elle est suggérée par une sorte de "raccord syntaxique" qui représente la trajectoire omise. Ainsi, la fixité des images n'empêche pas l'expression des mouvements. Ces derniers rendent la bd "vivante". Cependant, l'adaptation de Tintin au cinéma oblige à supprimer ces ellipses et à filmer la totalité des mouvements. C'est ce qui explique que les adaptations au cinéma des aventures de Tintin ont un rythme languissant qui devient vite désagréable.


II- Hergé iconologue

Lors des premières aventures de Tintin, Hergé ne pensait pas encore au succès qu'elles pourraient recevoir. Mais très vite, le dessinateur belge se rend compte que ses bd rencontrent un vif succès. Il décide alors de se documenter de plus en plus et d'intégrer des éléments de décors de plus en plus précis et réalistes. Les arrières-plans "minimum" sont désormais terminés. L'arrière image va être d'une qualité de plus en plus précise. Hergé va ainsi devenir "iconologue"...


L'Egypte
Les Cigares du Pharaon, connotent déjà l'Egypte rien que dans le titre. La terre des pharaons offre des décors et des motifs dépaysants, remplis de peintures murales et bas-reliefs qui vont côtoyer le petit reporter.

Les Cigares du Pharaon

La Chine
Dans Le Lotus bleu, le dessinateur va dépeindre la Chine avec beaucoup de précision. Il s'est même inspiré de l'art oriental pour certaines de ses vignettes.

Le Lotus bleu Le Lotus bleu Le Lotus bleu 


Le Sceptre d'Ottokar
Dans son voyage en Syldavie, Tintin arrive au Palais Royal, qui porte, à lui seul, l'Histoire de la Syldavie, de par son décor.

Palais Royal


Le Secret de la Licorne / Le Trésor de Rackham Le Rouge

Ce double album, de par son thème de chasse au trésor, oblige à ce que l'arrière plan ne soit pas négligé. A travers la narration de l'histoire des ancêtres de Haddock, ou la visite du château de Moulinsart, les décors vont être d'une grande précision.

Le Secret de la Licorne Le trésor de Rackham Le Rouge



III- Les images reprises

En observant de plus près les aventures de Tintin, on réalise que des images se répondent. Elles se ressemblent, et sont même quelquefois étrangement identiques. Il ne s'agit sûrement pas d'un pur hasard...

L'Oreille cassée L'Ile noire Le Temple du Soleil

Dans L'Oreille Cassée (page 43), L'Ile noire (page 30) et Le Temple du Soleil (page 15), 
les causes qui sont à l'origine du "saut" de Tintin sont différentes. Mais ce "saut" semble 
assez identique au fil des albums...


L'Oreille cassée

Le Sceptre d'Ottokar

Dans L'Oreille Cassée (page 9) et Le Sceptre d'Ottokar (page 44),
Tintin résout un problème grâce un à "déclic" devant une vitrine


Le Trésor de Rackham Le Rouge

Le Trésor de Rackham Le Rouge

Dans Le Trésor de Rackham Le Rouge, malgré leurs vacances à la 
campagne, les Dupondt n'échappent pas à la corvée de pompage !


L'Etoile mystérieuse
Dans L'Etoile mystérieuse (page 4 et 5), Hergé illustre le principe
"avant-après", que l'on retrouve très souvent en publicité

L'Etoile mystérieuse


Dans Les 7 boules de cristal (page 2 et 50), la 
ressemblance est frappante !

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Le plus dur est bien sûr d'essayer de donner une explication à ces reprises. Une partie d'elles ont un but humoristique. Dans les exemples ci-dessus, c'est le cas de la "corvée de pompage" des Dupondt. Dans le reste de la série, on retrouve d'autres reprises ayant ce même but. C'est le cas des répliques de Tournesol, toujours déphasé, des oublis de la Castafiore, des jurons de Haddock,  des lapsus des Dupondt, ...
Mais les reprises ont aussi un autre but, difficile à percevoir. Hergé s'est-il, facilement, amusé à reprendre des images dans un but purement économique ? Ce n'est pas très probable.
Peut-être que la solution à cette interrogation a quelques points communs avec le "but humoristique", c'est-à-dire que ces reprises sont là pour bien "ancrer" la série, de façon à ce que chaque lecteur rentre dans le "jeu" des aventures de Tintin. Jeu qu'Hergé se fera un plaisir, après l'avoir mis en place durant plein d'albums, de disloquer, avec Tintin au Tibet et Les bijoux de la Castafiore. Mais on s'écarte ici de l'art graphique propre à Hergé...


 
Illustrations © Hergé - Moulinsart SA
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